"Entretien avec Jacky Chevaux,
dessinateur, graveur, sculpteur et avant tout
artiste au grand talent.
Dalia
Messara : On n'entendait plus beaucoup parler
de Chevaux ces derniers temps
Jacky Chevaux
: En général, je programme
une exposition tous les deux ans, donc dans
l'intervalle je travaille tranquillement
dans mon atelier. Il est vrai que le dialogue
avec l'artiste s'effectue essentiellement
au moment de l'expo et après on tombe
un peu dans l'oubli.
Quelle
est la démarche de l'artiste par
rapport aux courants actuels ?
J.C.
Certaines personnes effectuent des recherches
très intéressantes dans tous
les domaines d'expression au niveau artistique.
Il y a d'un côté une espèce
d'intellectualisme d'avant-garde et d'un
autre côté des créateurs
un peu différents mais de grande
valeur. En ce qui me concerne, j'essaye
constamment d'évoluer. Au départ,
on apprend les techniques, la base, le dessin
classique voire académique. Puis
il y a une certaine liberté
à acquérir et à chacun
sa liberté. C'est ma démarche
personnelle.
Vous
avez un style personnel mais vous avez quand
même été influencé
?
J.C.
On est forcément influencé
quand on est jeune et si j'étais
aux Antilles, je ne peindrais pas de la
même manière. Je suis plus
proche de la peinture alémanique
que des naïfs haïtiens. Et puis,
on est surtout influencé par le climat,
l'environnement, le quotidien : un caillou
dans la rue, un jour gris et pluvieux, une
scène de bistrot, tout est question
d'éveil et tout est source d'inspiration.
Un artiste complet se doit d'être
en perpétuelle ouverture d'esprit.
On crée tout le temps.
On
vous colle quand même une étiquette
surréaliste?
J.C. Les gens ont besoin d'avoir
des référents, ça les
rassure. Je n'aime pas trop me classer dans
telle ou telle catégorie. Si c'était
le cas, alors je dirais plutôt réaliste-onirique.
Quel est votre
message?
J.C. Je parle de la vie en général
sous forme de paraboles. Il faut découvrir
derrière la première vision,
le sens de mes toiles. Il y a beaucoup de
spiritualité. Tout dépend
des expériences vécues. J'essaye
toujours de faire passer un message. S'il
ne passe pas ce n'est pas important. L'essentiel
c'est qu'il aura été dit.
Parlez-nous
techniques, formats, couleurs
J.C. Je pense qu'il faut savoir
maîtriser toutes les techniques :
dessin, craie, acrylique, etc. On se sent
mieux dans certaines. J'utilise également
tous les formats. Cela dépend des
supports. J'aime aussi travailler sur du
bois - je l'adore sous toutes ses formes-
qu'avec du carton, de la toile ou même
sur le papier. Quant aux couleurs, c'est
assez divers et varié. Tout dépend
de ce que j'ai envie de dire. Les couleurs
conditionnent l'émotion.
Pourquoi
un peintre de votre renommée est-il
resté à Mulhouse ?
J.C. Si vous faites allusion
au milieu parisien, je n'ai jamais voulu
en faire partie. Ce n'est pas de tout repos.
Il faut être partout tout le temps
et vous n'avez plus le temps de peindre.
J'aime la quiétude et en fait, je
suis un vieux loup solitaire.
Vous
êtes également membre d'une
association humanitaire, TAO.
C'est important pour vous ?
J.C. Oui. On travaille tous les
deux ans avec le Mali. On organise des échanges,
des jumelages. C'est une activité
véritablement humaine. J'ai illustré
un livre de Louis Schittly qui s'intitulait
" De l'Ill au Niger " dont les
bénéfices des ventes sont
allés à l'association. Les
artistes sont souvent sollicités
pour des actions humanitaires.
Et
actuellement ?
J.C. Je travaille sur un triptyque
dont le premier volet s'intitule "L'âme".
Le deuxième c'est "L'esprit",
illustré par une vanité -
en réalité une tête
de mort à laquelle j'ai rajouté
un nez de clown - sorte d'autoportrait.
Histoire de ne pas se prendre trop au sérieux.
Le troisième, ce sera "Le corps".
J'espère d'ailleurs exposer d'ici
la fin de l'année ou début
1996. Le lieu reste encore à définir."
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